Review (VO) : Celestial Realms (L5R)

Tout le monde était fébrile à Ryoko Owari. Les caravanes avaient eu du retard avec la neige qui avait encombré la passe de Benten, et la peste qui ravageait les terres du Lion n’avait rien arrangé. C’est dire comme on était impatient de pouvoir enfin avoir quelque chose de nouveau à se mettre sous l’éventail. Surtout, surtout lorsqu’on murmurait dans les onsens qu’une nouvelle iconographie d’Amaterasu était en vogue à Muade no tani, une imagerie plus dénudée qui ferait rougir un ascète Mirumoto !

Aujourd’hui je vais enfin pouvoir parler de Celestial Realms que je désespérais de pouvoir lire un jour. Pas assez d’exemplaires publiés, une maison d’édition qui doit lâcher la licence, j’en étais à en faire le deuil. Heureusement je suis Yazuki de naissance et rien ne m’est impossible lorsqu’il s’agit de mon honneur ! En passant par un obscur magasin hollandais, m’exprimant dans d’étranges langues méconnues, j’ai réussi à arracher le précieux à l’entropie !

Paradoxe de l’affaire, c’est que j’étais impatient tout en étant relativement méfiant. Rappelez-vous, je sortais de Path of Waves qui m’avait profondément déçu et les sujets abordés dans Celestial Realms ne me passionnaient pas vraiment.  Le clan mystérieux du Phoenix, c’est un peu les mages pédants de L5R (oui bon je vais caricaturer et c’est mal). Le clan du Mille-Pattes, je m’en souviens uniquement parce que leur nom (Moshi) m’évoque une pâtisserie japonaise.

La cosmologie c’est central quand tu veux jouer à Rokugan, question de comprendre les tenants et aboutissants de pas mal de choses, mais faut être didactique sinon ça peut vite devenir rébarbatif. Du coup bah le mieux c’est qu’on en parle non ?

Fiche technique

Éditeur : Fantasy Flight Games
 
Pagination : 144 pages
 
Résumé : The realm of Rokugan is vast, stretching from the tainted Shadowlands in the south to the towering northern mountains—yet all of Rokugan is only a small part of Ningen-dō, the Realm of Mortals. And Ningen-dō lies between the Spirit Realms, below the Celestial Court of Tengoku, beside the enchanted land of Senkyō, and above the torturous realms of the dead. In most circumstances, mortal samurai stay in Ningen-dō, but the influence of these other realms cannot be underestimated.

On ne va pas faire durer le suspense plus longtemps. Ce complément c’est un gros « oui » de bonheur ! Rappelez-vous (Allez lire ici et ici) le plaisir que j’avais avec cette gamme quand elle me racontait les clans majeurs. Eh bien c’est encore une fichue réussite avec le clan du Phoenix ! Ils ont réussi à démystifier (enfin façon de parler) un clan pour me donner envie de les mettre en scène !

Accroche tes mains à ma taille…

Il faut savoir que la famille dirigeante n’est pas (comme le veut la tradition) celle qui descend du Kami fondateur du clan. En effet, Shiba, le Kami, s’est incliné il y a des siècles devant le mortel Isawa en échange de son aide contre Fu Leng.  Résultat, si le Champion du Clan est bien un Shiba, le clan est dirigé par un Conseil élémentaire composé de notables Isawa. Voilà de quoi proposer une nuance politique intéressante.

Le pouvoir militaire n’est pas le pouvoir intérieur et cela crée bien sûr des rancœurs et des frustrations des deux côtés. D’autant qu’il est clairement dit que les Isawa se considèrent comme supérieurs au reste de l’Empire et ont tendance à avoir, selon eux, toujours raison. Arrogance que digère parfois mal la famille Shiba, cette dernière ayant juré sur son Kami de défendre ladite famille.  “Devoir” contre “frustration”, voilà ce que j’aime ! Et si les Isawa se considèrent comme au-dessus des autres c’est parce qu’ils sont les seuls à maîtriser l’énergie du Vide, faisant de la lignée, les maîtres Shugenja. Paie ton ego !

Et va venir peaufiner une histoire déjà agréable, deux autres familles aux profils bien distincts. La famille Asako composée de guérisseurs qui vont par ce prisme amener deux concepts intéressants. D’une part, ils sont convaincus que l’Empire est un patient comme un autre et qu’il faut soigner les maladies qui le ronge en assainissant les querelles des clans majeurs, faisant des Asako des courtisans tout désignés. Deuxièmement, cette même philosophie leur a valu la charge de veiller sur les risques de corruption  interne, faisant d’eux un ordre de bourreaux validés par leurs victimes, les Isawa. Impeccable non ? Comme d’une simple volonté de paix peut naître divers embranchements !

Et on finit par une création « 5ème éd. » qui est la famille Kaito. C’est une famille connue pour veiller sur les temples des terres du Phoenix, qui a été récemment anoblie au titre de famille majeur. Fait peu connu, c’est aussi une famille au sang Yobanjin et qui continue de commercer avec les barbares du nord de Rokugan, ainsi que de partager leur savoir. Entre tradition et influence étrangère, les Kaito ont une position ambiguë.

Quatre familles, des caractérisations ésotériques, mais pas que… bah voilà, on a une description gagnante !

… C’est la chenille qui redémarre !

On continue niveau clan avec les Mille-Pattes. La famille Moshi a été fondée par Isawa Moshi qui a reçu la visite du Soleil lui-même, Dame Amaterasu. Elle s’est ensuite débarrassée du nom d’Isawa pour ne plus servir que sa nouvelle maîtresse, provoquant l’ire du clan du Phoenix. Les talents de guérison enseignés par la déesse permirent à la famille de s’attirer les faveurs du Champion d’Émeraude qui statua sur la fondation du clan du Mille-Pattes. Le clan est matriarcal, baigné de mysticisme autour du feu solaire, abritant le plus grand temple d’Amaterasu.

Simple, propre, efficace. Voilà un clan mineur à la hauteur de ce qu’on peut attendre. Une histoire qui justifie son existence, une particularité pour lui donner son identité et un point d’intérêt pour éventuellement faire visiter la région à ses joueurs.

A Ryoko Owari, on etait déçu parce que c'était pas un poster double page !

« Isawa Tomoe soupirait, les signes de corruption étaient partout autour d’elle. Elle se jura de finir ses ramens tant qu’ils étaient encore chauds avant d’arrêter tout ce beau monde. Franchement pourquoi fallait-il que les vendeurs ambulants se mettent à prier Sire Lune… Et pourquoi, surtout, fallait-il qu’elle le découvre un jour de pleine lune… »

Voilà le chef de gare…

Un gros morceau donc que de parler théologie et cosmologie dans L5R. Sujet peu digeste mais nécessaire à la compréhension de l’univers. Pour ma part, j’avais déjà une bonne idée du fonctionnement global de tout ça (J’ai quand même fait trois éditions et demi du jeu) aussi j’étais plutôt curieux de voir l’agencement dans cette 5ème mouture.

Premier point, je suis agréablement surpris par la clarté des explications. Chaque royaume est décrit en quelques paragraphes avec accroche de scénario, point de liaison avec les diverses voies ésotériques rokuganaises.  Point bonus, on revient sur le concept de réincarnation et du cycle des âmes qui est au centre de la vision des rokuganais. Vraiment bien fichu tout ça.

Pour les curieux en gros tout en bas y a le démon qui peut devenir un animal (si y a volonté rédemptrice, ce qui est rare), qui devient à son tour un yokai, pour passer au rang humain, et pour finir si vous avez fait un sans faute, une Fortune. Le tout est mis en perspective avec le rôle de chaque royaume dans ce cycle. Pour info, le Jigoku sert normalement à rédempter les démons et sans surprise ça fait longtemps que c’est plus trop le cas.

C’est intéressant et, perso, c’est bien la première fois que la distinction entre les deux royaumes animaliers m’est paru aussi évidente (En gros le Sakkaku qui symbolise une nature sauvage qui rejette l’homme et le Chikusho-do en accord avec l’élévation spirituelle classique).

… qui nous fait signe pour le départ !

Niveau spiritualité « humaine », le livre revient sur la place de la prêtrise dans la société et de la vie dans les temples en proposant quelques exemples prêts à jouer qui m’ont assez plu. Le rôle du Shugenja m’est paru plus clair que dans les précédentes éditions. Ce qui différencie un prêtre d’un Shugenja, c’est que le premier prie les Fortunes alors que le deuxième peut les percevoir et leur parler directement.  Ça a l’air évident  mais moi, en quatre éditions, je ne l’avais pas vu comme ça.

Il y a aussi un chapitre sur Sire Lune. Monstre sacré de la cosmologie, dévoreur de ses propres enfants, pourfendu par Hantei pour libérer ses frères, il le méritait bien. Son adoration n’est pas interdite même si la Lune par son aspect changeant n’est guère appréciée dans une société aussi rigide que Rokugan, même si c’est dans les excès que l’interdiction vient. Ces sectes exaltent leurs fidèles à céder à leurs pulsions et à remettre en cause l’Ordre Céleste. Sympathique non ?

On a ensuite un chapitre sur le classique Maho Tsukai et ses sacrifices bien sanglants. Passage obligé, manquant un peu de profondeur mais donnant les clés pour pouvoir créer des antagonistes pour vos joueurs. Le Maho mérite mieux mais c’est surtout parce que la magie est source d’histoires plus que de sortilèges et que la gamme n’est encore qu’à ses débuts. Iuchiban y est à peine décrit alors que dans la précédente gamme il avait eu quasi 80 ans d‘histoire pour dévoiler l’horreur de ses capacités.

Carte des royaumes tout en splendeur !

« Fallait dire ce qui était, à Mori No Sumi, on était un peu triste. Depuis que le magistrat était venu et avait pendu le prêtre, c’était moins l’éclate. Alors oui il demandait qu’on danse nu dans les rizières, c’était bizarre. Mais y avait quand même plus d’alcool et on rigolait bien. Maintenant c’était retour aux prières mornes et aux sermons sur l’obéissance. Ça allait durer un moment, mais pour combien de temps exactement ? »

En voiture les voyageurs, la chenille part toujours à l’heure !

On attaque maintenant le dernier paragraphe de ma review, le paragraphe des règles !

Déjà, sans surprise, y a un grimoire de nouvelles prières aux Kamis. Logique ici et sincèrement rien de trop grosbill. Le chapitre sur la magie du Vide introduit une magie iconique de L5R, il est une bonne surprise car il est autant une explication roleplay qu’un chapitre règle, il aborde assez clairement cette étrange puissance, proposant une alternative pertinente pour les Phoenix.

Viendra ensuite le chapelet de nouvelles classes et d’historiques qui ont réussi à me tenir éveillé. Perso je suis amoureux de « l’habitué des bains » pour les samourais férus d’hygiène et de vie sociale aquatique que tout bon courtisan se doit de prendre !

Des règles dans le ton donc et bien servies avec ça !

En bref

Voilà un complément qui m’a clairement plu. Je n’ai même pas mentionné les illustrations superbes et les encarts appelant à ne pas singer la culture japonaise dont s’inspire la cosmologie de L5R qui sont des classiques de la gamme (et une bonne chose).

Clairement donc : à posséder dans votre gamme, le livre vous apprendra bien quelque chose même si vous êtes un routard. c’est aussi un bouquin qui me donne envie d’avoir la suite et de voir comment les derniers clans majeurs seront traités dans la suite. Vivement, comme on dit !

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