Ce mois-ci, les hérauts d’Agate ont proclamé l’ouverture du financement de Tainted Grail : Vie et Mort en Avalon pour une annonce qui résonne comme un écho lointain aux brumes d’Avalon… et qui m’a rappelé que j’avais jadis chanté les louanges de ce jeu.
Alors, en bon pèlerin des temps modernes, je me suis dit : « Et si je tirais enfin ce grimoire de son rôle de veilleur nocturne, là, sur ma table de chevet, pour en livrer une chronique digne des temps anciens ? »
Deux semaines durant, j’ai donc parcouru ses pages, cherché sa lumière, affronté ses ombres… et croisé, à chaque détour, ce mot qui lui colle à la peau : crépusculaire. Un terme qui, comme une épée bien forgée, tranche juste et vrai.
Aujourd’hui, lui et moi, nous vous convions à une chronique venue de mon foyer, une chronique qui sent la tourbe humide, les légendes brisées et la fin des temps arthuriens… Mais illuminée de couleurs, tout de même, car même au bord du monde, la lumière persiste.
Oui moi aussi je peux faire des effets de style ! Allez zou c’est parti !

Éditeur : Studio Agate
Résumé : Tainted Grail dépeint un univers Dark Fantasy inspiré de la légende Arthurienne et du folklore celtique créé par Awaken Realms. Tout d’abord connu comme un succès retentissant des jeux de plateau avec de multiples extensions, Tainted Grail se décline ensuite en plusieurs jeux vidéo, et récemment en jeu de rôle sur table en collaboration avec Studio Agate intitulé Tainted Grail : la Geste d’un monde mourant.
Qu’est ce que Tainted Grail ?
Tainted Grail, c’est d’abord une gamme tentaculaire : un jeu de société, un jeu vidéo, et désormais un jeu de rôle. Chaque médium explore une époque différente de l’histoire d’Avalon, et le JDR, lui, nous plonge dans la toute dernière — autant dire que si ce n’était déjà pas la fête avant, on ne risque pas d’y trouver des licornes qui chantent. L’univers est sombre, oppressant, et on ne rigole pas beaucoup en Avalon… mais c’est précisément ce qui fait son charme.
Pour planter le décor, je vous glisse ici le pitch officiel du financement participatif, qui fait très bien le taff :
“Tainted Grail est un univers de fantasy crépusculaire, inspiré du mythe arthurien et des légendes celtiques. Les personnages incarnés par les joueurs appartiennent à l’une des dernières communautés humaines ayant réchappé à un terrible cataclysme, la Chute d’Avalon, survenu un siècle plus tôt sur la mystérieuse île d’Avalon.
L’île servit jadis de terre d’accueil au légendaire roi Arthur et à son peuple, qui fuyaient alors une épidémie meurtrière connue sous le nom de mort rouge. Leur nouveau foyer n’avait cependant rien d’un asile hospitalier et l’humanité dut arracher son droit à l’existence et s’accommoder des forces endémiques d’Avalon, dont le Wyrd – un phénomène magique transformateur se manifestant fréquemment sous forme de chapes de brouillard – et les Précurseurs, des titans à quatre bras tenus pour les premiers habitants de l’île.
Dans le jeu de rôle Tainted Grail, les joueurs interprètent des personnages appelés à entrer dans la légende et à devenir les « Gardiens d’Avalon », un cénacle d’individus marqués par le pouvoir du roi Arthur et supposés défendre l’humanité dans les heures d’adversité.”
Si je devais vous convaincre en 3 paragraphes (et deux termes) !
Commençons par le titre qui sent bon les légendes : « Gardien d’Avalon ». Quand vous créez votre personnage, le jeu vous invite à jouer les Cassandre modernes et à prendre part à votre propre destin. Vous choisissez un but, l’aspiration de votre personnage qui servira de colonne vertébrale à votre épopée. Vous choisissez aussi une couleur, un symbole de ce que vous pourriez devenir. Et rien de tout cela n’est décoratif : le but nourrit les jalons de votre histoire, tandis que la couleur vous renvoie sans cesse à la tension entre ce que vous devriez être pour sauver Avalon… et ce que vous êtes vraiment.
Et sachez que si votre personnage porte le titre de « Gardien d’Avalon », vous aussi, en tant que joueur, l’endossez à votre manière. Au début de la campagne, la table répond collectivement à une série de questions sur l’univers. Selon vos réponses, le monde se façonne, se tord, se colore pour raconter votre version d’Avalon — celle de votre groupe. Votre Avalon sera unique car la résultante de vos choix de joueurs.
Et puis il y a ce mot, omniprésent, qui revient plus souvent qu’une virgule : crépusculaire. Ici, les brumes d’Avalon ne sont pas un décor : ce sont un poison, une folie, une force qui tord la réalité et la chair dans une danse malsaine. La magie se décline en multiples visages dont plusieurs mortifères. On avance à la lueur d’une Wyrdchandelle, seule barrière fragile contre les Précurseurs, ces titans à quatre bras, premiers enfants de l’île, qui reviennent aujourd’hui réclamer leur dû. C’est pas bien beau, tout ça,? Aussi beau que les pastels qui illuminent les pages du livre, si vous voulez mon avis !
Et on joue quoi ?
J’aimerais vous dire qu’on incarne des gars taillés pour l’héroïsme, mais ce serait trahir l’esprit du jeu. Ici, vous jouez avant tout des habitants de l’île, des gens du cru, avec leurs forces et leurs faiblesses.Vous pouvez tout à fait être cocher, ratier, ou tout autre métier qui sent la sueur et la pauvreté, tout en endossant aussi les habits d’un un sorcier, un druide ou un chevalier, mais rien, absolument rien dans votre vie d’avant, ne vous prédestine à autre chose qu’à tenir bon. Et franchement, dans Avalon, survivre mérite déjà une médaille.
Votre personnage portera aussi des inclinaisons morales — sa fameuse couleur — qui l’orienteront vers l’altruisme, la nature, l’excellence, l’érudition ou l’adaptabilité. Idéalement d’ailleurs, commencez par ça, histoire que le personnage soit en accord avec ce qu’il pourrait devenir.
Ensuite, vous lui donnerez un âge (on ne joue pas tous des minets), quelques avantages, quelques défauts, bref : de quoi habiller cette silhouette encore floue. Et peut-être — si la brume ne l’avale pas, si le Wyrd ne le tord pas, si la quête ne le brise pas — deviendra-t-il un jour Gardien d’Avalon.
Et on le joue comment ?
Le jeu utilise une version adaptée du système des Ombres d’Esteren, un moteu qui met clairement l’accent sur l’interprétation et l’évolution morale des personnages. Les combats, eux, rappellent vite que l’humanité n’est pas taillée pour affronter les horreurs d’Avalon : chaque affrontement est dangereux, chaque erreur peut coûter cher.
Concrètement, on lance un dé, on ajoute une compétence et une caractéristique, et on tente d’atteindre un seuil de réussite. C’est propre, efficace, et ça limite l’aléatoire : quand on est bon dans un domaine, on a peu de chances de se vautrer.
Et attention : la létalité ne se limite pas aux points de vie. Pour représenter l’influence délétère du Wyrd et l’exposition aux horreurs d’Avalon, les personnages disposent aussi d’une jauge de santé mentale qui s’effrite lentement mais sûrement. Une mécanique qui rappelle que, dans ce monde, on ne meurt pas seulement de blessures… mais aussi de ce qu’on voit, de ce qu’on endure, et de ce que le Wyrd murmure à l’oreille.
Et on joue à la manière de ?
Je vais jeter ici mon unique pavé dans la mare : l’univers est un peu succinct. Oui, je sais, j’en ai parlé avec passion juste avant, et je ne renie rien. La saveur est bien là, le ton crépusculaire aussi, mais si vous cherchez les ingrédients précis pour vous approprier pleinement ce qui sera raconté… vous risquez de rester un peu sur votre faim.
Le livre donne l’impression d’un livre de base qui attend sa gamme pour vraiment s’épanouir. On vous présente les peuples, on vous montre la carte, on survole les royaumes d’Avalon… et puis on passe à autre chose. Même constat pour le bestiaire, pour les Précurseurs, pour tout ce qui pourrait donner plus de chair à l’ensemble : c’est là, mais c’est léger. Un MJ déjà familier de la licence saura sans doute combler les trous, et les amateurs d’univers à interpréter trouveront matière à broder. Mais moi, qui aime avoir toutes mes armes avant de partir en campagne, je reste un peu frustré.
Cela dit, je suis convaincu que les compléments à venir viendront combler ces manques — et je les attends avec impatience. Mais je voulais être honnête : pour l’instant, l’univers est prometteur… mais encore un peu avare en détails.
En bref
Tainted Grail pose les bases d’un jeu où l’on avance en funambule entre destin annoncé, brumes toxiques et humanité vacillante (Crépusculaire qu’il faut dire !). On y incarne des gens ordinaires promis à l’extraordinaire, dans un monde qui ne croit pas en eux. Le système est propre, l’ambiance est là, et même si l’univers manque encore de chair, on sent déjà le souffle d’une grande saga en devenir. Reste à voir ce que la gamme ajoutera… mais pour l’instant, Avalon a déjà de quoi nous happer.